Et la tête ?

 

 

 

Je suis toujours surpris lorsque les grimpeurs parlent uniquement de physique quand ils échouent.  Car l'escalade est une activité complexe, qui fait appel à des qualités trés variées, et dont le savant mélange se fait... en réfléchissant!

 

Les grimpeurs débutants voient l'importance du physique et de la technique, cette dernière étant déjà une histoire d'apprentissage. Il faut y ajouter de la tactique, et commencer à travailler d'autres habiletés mentales. Et oui, pour bien grimper, il faut se servir de son cerveau!

 

 

 

La motivation

 

Vous avez passé le cap de la découverte de l'activité, pour continuer, il faut rester motivé. On peut envisager la motivation comme une tension vers la satisfaction d’un besoin. Si vous voulez aller quelque part, et que vous accordez suffisamment de temps et d’énergie pour y parvenir, alors vous serez dans ce qu’on appelle «la motivation». On est motivé par, ou pour quelque chose. Oui, mais par quoi? Le chant des oiseaux? les blagues des copains? Ou une technique d'escalade nouvelle?

 

Cela permet déjà d’insister sur la notion d’objectifs. Et fixer un objectif demande un peu d’expérience, et souvent une aide extérieure. Si la tâche est trop difficile, la motivation s’éteint. Si elle est trop simple, la motivation décroît aussi. Et bien évidemment, il faut apprendre à gérer son entraînement, pour rester motivé par un objectif, ou plusieurs. Chaque pratiquant doit se poser la question de ce qu'il veut apprendre, du but qu'il se fixe.

 

L'échauffement

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, bien s’échauffer n’est pas simple, et cette première phase d'une séance de grimpe varie selon les sujets, et évolue avec l’âge. Echauffement général puis spécifique, avec quelques étirements ou pas, dans des voies faciles ou au sol... et en fonction du projet. Par exemple pour une voie avec un gros mouvement de compression de volumes, il faudra échauffer spécifiquement les pectoraux. L’échauffement, voilà une clé essentielle de la réussite.

 
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Lecture et visualisation

 

Avant de grimper, il est judicieux de prendre quelques minutes d'observation pour avoir une vue d’ensemble de la voie : ligne générale, différentes sections, repos éventuels, clippages difficiles. Cette lecture sera un atout de plus pour l'essais qui vient.

 

La visualisation va plus loin, elle permet de réviser, anticiper l'action. Visualiser c'est répéter mentalement ce que je vais faire et ressentir pendant l'escalade. Se voir dans l'action, se voir réussir les mouvements durs, imaginer nos sensations... ça fait partie de l'apprentissage de la voie. Cette pré-action prépare à l'effort, et nous aide à partir déterminé et combatif.

 

En bloc, ne dit-on pas qu'une visualisation apporte autant qu' un essais?

 

 

 

Dialogue interne

 

Vous avez le choix! Positif ou négatif ? Plutôt que de se laisser envahir par des idées noires, sur la voie, sur soi-même, mieux vaut avoir un positionnement positif. Gardez un discours valorisant, conscient, rassurant, calme. Je suis à ma place, je sais faire, je suis heureux de grimper, je vais trouver une solution… Je suis fort dans ma tête, je pars gagnant.

 

(Et bien sûr, pour partir totalement serein, je choisis un assureur en qui j'ai toute confiance, et je vérifie mon noeud et l'appareil d'assurance!)

 

 

 

Concentration. Etre ici et maintenant, lucide et précis.

 

Votre enfant n’était pas concentré en classe aujourd'hui ! Mais ce n’est pas que l’enfant n’est pas concentré, c’est simplement qu’il est concentré sur autre chose que le tableau, que le cours.

 

Alors, plutôt que de parler de concentration, on parle de champs attentionnels. Vous imaginez bien qu’au départ d’une voie, l’action ne sera pas la même si vous portez votre attention sur le premier clippage, sur les battements de votre cœur, la sensation de votre pied droit dans le crux, le parfum de votre assureur, à la prise finale etc.

 

Ces champs attentionnels sont donc externes ou internes.La concentration, c’est être capable d’orienter ses champs d’attention, mais aussi de les maintenir pendant la durée nécessaire. Et comme il est difficile d’être dans 2 champs attentionnels à la fois, le sportif doit jouer avec ces différentes focalisations, au bon moment. Et là encore, ça se travaille! Par exemple se focaliser à la fois sur une main et un pied, ou contrôler sa respiration dans l'enchaînement d'une section dure, ou encore trouver la force minimale nécessaire à la tenue de la prise et la position idéale pour clipper.

 

    

Action et réorganisation

 

Dans l'escalade, le grimpeur est confronté à un problème (une section) qu'il doit résoudre. Ici entre en jeu sa capacité à déchiffrer le passage et à restituer les mouvements vus, lus ou appris. Il doit sans cesse repérer les différentes possibilités d’action, puis se décider et se lancer.

 

Anticiper l’itinéraire, identifier un sens pour chaque prise et une prise de pied cohérente... mais parfois la réalisation est impossible. Mauvais choix de prises, pieds placés trop bas, espoir d'un bac salvateur qui n'arrive pas. Et qui entre en jeu? La capacité de réorganisation dans la voie, il faut repenser la stratégie, mieux regarder, éventuellement redescendre un peu, ou opérer un changement de main... et tout ça en restant positif, calme, déterminé !

   
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C'est fini ?

 

La séance s'achève, les bras sont fatigués, les doigts sont usés. Certains ont enchaîné leur projet, d'autres ont fait de beaux essais mais sans réussite... Après la grimpe, puisque notre vie est consacrée à 100% à notre progression (et que le temps n'est pas compté), on peut encore se poser pour la partie analyse. Vient d'abord la question de ce que j'ai vu et appris aujourd'hui. En gestuelle? En tactique? Indispensable pour fixer les choses... Puis quelles sont mes priorités? Comment grimper plus relaché? Ou bien plannifier un entrainement en y incluant des séances cardio et des étirements...

 

 

 

La progression en escalade ne peut se résumer au nombre de tractions enchainées à la barre.

Bien grimper nous voulons, alors réfléchissons !